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Amos 61a.4-7 – 1ère Timothée 611-16 – Luc 1619-31

Après les dimanches rappelant les exigences qui s’imposent au disciple du Christ il y eut le dimanche de la miséricorde et de la tendresse de notre Dieu. Puis viennent deux dimanches sur l’usage de la richesse. C’est donc aujourd’hui que nous pouvons méditer pour la deuxième fois un texte redoutable du prophète Amos. L’extrême concision des phrases du prophète rend difficile l’interprétation de sa pensée. Pour lui le bonheur des peuples passe par la fidélité à l’alliance avec Dieu ; et fidélité à l’alliance veut dire justice sociale et confiance en Dieu. Ne vous écartez pas de cette voie sinon vous êtes perdus. Dont acte.

L’archéologie confirme l’analyse du prophète : au Xème siècle les traces retrouvées des maisons trahissent des trains de vie identiques ; au VIIIème siècle on peut distinguer des quartiers très riches et d’autres très pauvres. Le bel idéal de la Terre Sainte partagée par tous s’est envolé. Aujourd’hui les successeurs d’Amos sont-ils mieux écoutés qu’il y a 28 siècles ?

La Parabole – rapportée seulement par Luc – met en scène le riche et le pauvre Lazare (le seul personnage des paraboles à avoir un nom propre « Lazare » = « Dieu aide »). Cette petite histoire, un conte bien connu venu d’Egypte, apporte des surprises par rapport au conte source où le riche était pécheur et le pauvre juste. A la pesée définitive le bon était récompensé et le méchant puni. Jésus déplace la pointe de l’histoire. Il n’est pas dit que Lazare est vertueux et le riche mauvais : il n’est question que de l’abîme d’indifférence et d’aveuglement qui s’est creusé. Le riche n’a pas entrouvert son portail : il n’a rien vu ! Et comme le texte grec dit que cet homme est habillé de pourpre et de lin – le vêtement du grand prêtre – Jésus semble dire à ses auditeurs pieux mais indifférents aux pauvres « même grand prêtre, si vous méprisez vos frères vous n’êtes pas dignes d’être appelés fils d’Abraham ». De toutes façons au cas où le riche aurait entrouvert son portail un scrupule pieux l’aurait retenu : on doit fuir un homme impur puisque léché par des chiens. Abraham (7 fois nommé) n’aura pas une telle retenue dans l’au-delà. Encore une remarque : ne pensez pas de mal de ce riche, c’est un bon riche, il a bon coeur : à peine arrivé dans l’au-delà il pense au salut de ses cinq frères. Pensée sympathique et inutile d’un homme qui a traversé la vie en aveugle sans jamais rien voir… au-delà de son portail.

On comprend la présence dans cette messe de l’appel pathétique de Paul aux hommes de Dieu pour qu’ils « vivent dans la foi et l’amour » en « gardant le commandement du Seigneur ». Les obstacles ne manquent pas et ne manqueront pas pour transformer la Parole en une guimauve sucrée, vous vous souvenez de cette dictature qui avait exigé qu’on censure le Magnificat scandaleusement révolutionnaire. Prions avec le psaume 145 pour que « le Seigneur ouvre les yeux des aveugles », lui le Seigneur « qui est notre Dieu pour toujours ».

26 septembre 2010