Commençons, frères et sœurs, par une minute de silence, de prière, pour toutes les victimes, pour leurs familles, pour notre pays en deuil.

Minute de silence

Quel drame ! Aurons-nous les mots qu’il faut pour décrire ce qui se vit en France, pour répondre à toutes nos interrogations ? Je reprends d’abord les mots écrits par un de mes anciens scouts, Côme, garçon de 17 ans qui écrivait la nuit du drame :

La Ville Lumière sombre dans l’ombre

Hier la Ville Lumière sombra dans l’ombre ;
Et c’est le cœur serré d’émotion et de peur
Que nous entendons Paris se remplir de pleurs,
Alors que nos frères meurent dans la pénombre.
Les coups de feu fusent encore alors que j’écris 
Sur le drame intenable que vit le pays,
Que vit la patrie et que vivent les français.
Prions pour que cessent ces combats insensés !
Il est dur pour nous tous de songer aux familles, 
Qui tremblent d’effroi et de haine sans nouvelles
Des leurs. Des gens qui dans la douce mort vacillent
Fuyant la violence dans un repos cruel.
Pensons à leurs âmes se reposant là-haut, 
Songeons, mes amis, aux conséquences des actes,
Tirons-en une leçon, un éternel pacte :
Seule l’unité nous sauvera du chaos.

Pour moi, le premier mot qui me vient aux lèvres est compassion.

COMPASSION

Compassion veut dire « souffrir avec ». Souffrir avec toutes ces familles, souffrir avec ceux qui combattent entre la vie et la mort, souffrir avec ceux qui sont rentrés à la maison du Père, souffrir avec ceux qui se dévouent aujourd’hui au milieu de ce carnage (services de santé, de police, etc.) souffrir avec notre pays. Compassion aussi avec tous ceux qui vont supporter encore tant d’années des nuits peuplées de cauchemars horribles. Enfin, compassion pour ceux qui se sont laissés endoctriner. Ils ont dû être des enfants comme les autres, qui riaient, jouaient, avaient des rêves. Comment a-t-on pu ainsi les pervertir, les dévoyer ? Je ne comprends pas comment ils ont si vite perdu leur âme d’enfant, de jeune ?

C’est le deuxième mot qui me vient : incompréhension

INCOMPRÉHENSION

Peut-être est-elle trop intellectuelle ? Mais je ne comprends pas qu’on puisse se dire martyr quand on verse le sang des autres ? Le martyre ne se choisit pas. Le martyre c’est celui qu’a vécu toutes ces personnes lâchement assassinées. Ce sont eux les martyrs, pas ceux qui tuent et se font exploser. Comment peut-on prétendre défendre la vie en répandant la mort ? Comment peut-on abattre la vie en pleine fleur, ces jeunes, venus pour un spectacle, abattus par d’autres jeunes. La jeunesse qui tue la jeunesse. Je ne comprends pas, je ne comprendrai jamais et ne veux pas comprendre. J’aime trop la vie, j’aime trop l’amour pour accepter de comprendre cela. Ma seule réponse, ce sont mes larmes. Ma seule espérance c’est de revoir un jour ces sourires au ciel. Ma foi, c’est de croire que l’amour triomphera de tout, de la haine, de la mort. Je crois en cette petite fille espérance dont parlait Charles PEGUY. Cette petite fille espérance que j’ai vu s’allumer hier sur les marches de l’église, que j’ai vu briller dans les yeux de ceux qui passaient cette nuit, des yeux emplis de larmes et d’espérance. Ces terroristes atteignent nos corps, mais jamais ils ne toucheront ni nos cœurs, ni nos âmes.

J’avais écrit cette semaine une homélie à partir de la vie de saint Louis. Vous pourrez la lire sur notre site internet. Louis me semblait être un homme vrai, libre, juste et pieux. Peut-être sont-ce les mots que nous devrions entendre aujourd’hui ?

LIBRE

Car c’est la vraie question : nous sommes le peuple de la liberté. Cette liberté a été frappée en plein cœur. Mais elle n’est pas terrassée. Nous avons perdu une bataille, ils perdront cette guerre ! Libres, nous le resterons. De nos convictions, de nos racines, de notre foi. Ce qu’ils n’ont pas compris c’est que la liberté grandit à chaque fois qu’elle est bafouée

PIEUX

Aujourd’hui, c’est la seule chose à notre portée : prier. Ô non, ce n’est pas un pis-aller. Oui, c’est utile. Car la prière réconforte. La prière nous aide à prendre de la hauteur. La prière fait reculer la haine dans les cœurs. Je parle de la vraie prière. Celle qui est adressée humblement à Dieu. Celle qui sait écouter Dieu. Non celle qui fait dire à Dieu ce que nous aimerions entendre. Louis était un homme pieux. Cela ne l’a pas empêché d’être ferme. Il n’a pas sombré dans la mièvrerie. Deux écarts que la vraie prière évite : être haineux et vengeur, ou être tiède et insipide. La vraie prière fait de nous des hommes et des femmes debout, responsables. Être pieux, c’est mettre le Christ au centre de sa vie, l’écouter, de laisser transformer par lui pour devenir un « alter Christus », un autre Christ. Si nous étions des autres Christs, il n’y aurait plus de haine en nos cœurs. Jésus dit dans l’évangile : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Donnons notre vie, notre âme, notre cœur, voire notre corps (comme le font nos soldats, nos gendarmes et nos policiers) pour ceux que nos aimons, pour nos compatriotes. Seul ce sacrifice a sens. Seul ce sacrifice est vrai et libre. Soyons vrais, libres et pieux dans notre foi en ce jour, comme saint Louis. Prions pour tous nos frères et sœurs morts, pour tous ceux qui souffrent, pour ceux qui se battent, pour ceux qui soignent, pour ceux qui protègent. Que notre foi, dans communion des saints les protège. Que notre foi, dans la communion de saints, nous transforme.

JUSTE

La justice est un mot difficile à manier en ces jours. Comme il est douloureux d’en parler quand tout semble injuste. La justice est aussi de ne pas oublier toutes les autres victimes, en Syrie, en Irak, au Liban, en Israël, en Afrique, en Palestine, et tant d’autres pays. Ils ont été touchés avant nous, ils le sont avec nous. La justice est de ne jamais oublier non plus tous les chrétiens d’Orient persécutés. La justice est de reconnaître que nous devons aussi ouvrir les yeux sur tous les autres drames qui se déroulent dans le monde et que les kilomètres de distance nous font trop souvent oublier ou ignorer. La justice, c’est de trouver la juste mesure entre colère, bien légitime, et actes violents. Le Pape l’a rappelé, la violence ne résout rien. La guerre n’est parfois que l’acte ultime lorsque plus aucun dialogue n’est possible. J’ai peur que l’ombre d’une guerre se dessine devant nous. Puisse le Seigneur de Justice aider chacun à trouver la juste mesure pour le bien de l’homme, pour le bien de tous. Même si l’on peut comprendre la souffrance de certains peuples, même si les revendications peuvent sembler légitimes, même si la souffrance peut engendrer des actes déplacés, cela ne justifiera jamais de verser le sang des innocents, ici, ou n’importe où dans le monde. La justice n’est vraie que si elle est justesse....

VÉRITÉ

La vérité, c’est parfois difficile à regarder en face. Il faut pourtant oser. Oser exprimer notre colère. Colère devant la barbarie, devant la bêtise humaine, devant ce carnage, devant ce dévoiement de Dieu et de la foi. Dieu est la vérité par excellence, et le Dieu en qui je crois ne m’a jamais demandé de verser le sang, mais de donner la vie. Nous aussi, chrétiens, l’avons parfois dévoyé. Mais nos erreurs ne justifieront jamais celles des autres. La vérité c’est aussi reconnaître que nous ne pouvons, en ces heures tragiques, nous contenter de pieux discours. Il nous faut agir.

AGIR

Alors comment ? À notre pauvre niveau, c’est assez simple, cela tient en peu de mots :

  • D’abord, prier. Prier pour la paix, prier pour que la raison l’emporte sur la folie, pour que les religions ne soient que des instruments d’amour, la nôtre en premier.

  • Ensuite, soutenir. Pas simplement avec des mots, aussi avec des actes. Le soutien, c’est parfois simplement être là, présent. Soutenir, c’est à nos portes.

  • Puis, partager. Partager notre foi, nos convictions. Etre de vrais chrétiens, c’est cela que l’on attend de nous. N’ayons pas peur de notre foi. Que chaque personne qui nous croise voit en nous l’image, certes pâle mais réelle, du Christ aimant et miséricordieux.

  • Surtout, aimer. Aimer et se laisser aimer, car il n’y a que cela qui compte. O bon Roi Louis, aidez-nous à aimer comme vous avez aimé Dieu, votre pays et votre peuple.

  • Enfin, être juste. Juste pour éviter les amalgames, justes pour éviter les discours trop consensuels. Justes pour oser dire et vivre en vérité.

  • Soutenons aussi tous ceux qui doivent prendre des décisions, particulièrement nos gouvernants. Faisons taire un moment nos guerres politiques intestines. Serrons-nous les coudes. Soyons Français ! Soyons unis.

  • Et n’ayons pas peur. Le Christ est avec nous, jusqu’à la fin des jours. N’ayons peur que d’une chose : de la peur ! Que notre confiance terrorise les terroristes.

    Puisse Saint-Louis nous venir en aide, à chacun d’entre nous, à toutes les victimes et à leurs familles, à tous ceux qui sont engagés dans cette lutte, à tous les hommes de bonne volonté.

    Permettez-moi de vous livrer la prière à Saint-Louis écrite par le Père SEVIN, comme conclusion et comme prière pour la France :

Prière à Saint-Louis (Jacques SEVIN)

Sire le Roi, 
qui envoyiez Vos plus beaux chevaliers
en escoutes à la pointe de l’armée chrétienne,
daignez Vous souvenir d’un fils de France
qui voudrait se hausser jusqu’à Vous
pour mieux servir Sire Dieu et dame Sainte Église.
Donnez-moi du péché mortel
plus d’horreur que n’en eut Joinville
qui pourtant fut bon chrétien,
et gardez-moi pur comme les lys de Votre blason.
Vous qui teniez Votre parole, 
même donnée à un infidèle,
faites que jamais mensonge ne passe ma gorge,
dût franchise me coûter la vie.
Preux inhabile aux reculades, 
coupez les ponts à mes feintises,
et que je marche toujours au plus dru.
Ô le plus fier des barons français, 
inspirez-moi de mépriser les pensées des hommes
et donnez-moi le goût de me compromettre
et de me croiser pour l’honneur du Christ.
Enfin, Prince, Prince au grand Cœur,
ne permettez pas que je sois jamais médiocre,
mesquin ou vulgaire,
mais partagez-moi votre Cœur Royal
et faites qu’à Votre exemple,
je serve à la française, royalement.

Ainsi soit-il.

 

Enfin, un dernier mot. Nous vivons une journée de deuil national. Comme je l’ai écrit, il ne s’agit nullement aujourd’hui de n’en avoir cure et de faire la fête. Il s’agit simplement de nous serrer les coudes, de faire une vraie communauté, d’être unis avec tous nos compatriotes, de montrer que nous n’avons pas peur, de partager sobrement ce temps, sans tristesse et sans excès, sobrement, sereinement et courageusement. Ainsi, nous rendrons aussi hommages à toutes les victimes des attentats en France et dans le monde entier.

Que ces moments de ténèbres nous aident à voir la vraie lumière qui brille en nos cœurs, celle du Christ Miséricordieux, du Dieu de la Paix et de l’Amour. 

 


 

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Messe en français tous les dimanches à 11h00 (Vérifiez sur le calendrier à gauche et à "dernière minute")

 


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