La faux de l’ivraie !

Père Olivier PLICHON, Recteur de Saint-Louis des Français de Lisbonne

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Parabole du bon grain et de l’ivraie

Lettrine enluminée sur vélin

72 x 79 mm

B.M. Lyon, Ms 514, f° 32,

Missel franciscain, fin XVème siècle

Bibliothèque Municipale (Lyon, France)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 24-43

En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : “Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?” Il leur dit : “C’est un ennemi qui a fait cela.” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?” Il répond : “Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.” » Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. » Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, accomplissant ainsi la parole du prophète : ‘J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.’ Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. » Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; 
ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Celui qui a des oreilles, qu’il entende !
»

L’œuvre

Cette miniature, initiale du A enluminée, se trouve sur la feuille accompagnant le IV° dimanche après l’Épiphanie. Une partie des enluminures de ce de Missel réalisé pour les Franciscains, est attribuée à Jean Colombe ou à son atelier, et réalisées à partir de 1481. Enlumineur français, Jean Colombe est né à Bourges vers 1430, où il est mort en 1493. Il est entre autres connu par l’achèvement qu’il réalisa du Manuscrit des Très riches heures du Duc de Berry des frères de Limbourg.

Ce que je vois

Regardons d’abord le fond de l’image. À droite, un grand château médiéval (on distingue encore les créneaux) qui a commencé à recevoir les améliorations typiques de la Renaissance (ouverture de fenêtres, cheminées multiples, etc.) afin de donner à la demeure un peu plus de confort. Plus loin, sur des collines, deux châteaux en ruine. À gauche, à l’entrée d’un bois, se dresse un village aux hautes maisons de pierre à étages.

Au second plan, après une haie, un homme sème du grain qu’il prend dans son tablier retroussé. Pourtant, le champ ne semble pas être en labour. On distingue les premiers épis sortir de terre. de fait, c’est de l’ivraie qu’il disperse dans le champ, alors que les deux paysans au premier plan, dorment. À leurs pieds le sac de grains. L’image relate avec beaucoup de réalisme, et d’actualité, le texte d’Évangile.

Une nouvelle parabole expliquée

Je ne vais pas revenir sur ce que j’expliquais dimanche dernier de la méthode pédagogique du Christ, ni même de l’endurcissement de nos cœurs à entendre, comprendre et nous convertir. Aujourd’hui, je ne voudrais m’arrêter que sur un seul verset :

“Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?”

Mais auparavant, afin de bien saisir le sens de cette nouvelle parabole, que le Christ commente lui-même, ne serait-il pas bon de rafraîchir notre mémoire sur ce qu’est l’ivraie…

L’ivraie ?

La plante du Diable…

L’ivraie est une graminée sauvage qui pousse naturellement dans les champs de blé. Elle est déjà citée dans l’Antiquité. Aristote, Théophraste, Pline, Dioscoride, mais aussi Columelle l’ont désignée comme nuisible. Au Moyen-Âge, le paysan connaît bien cette mauvaise herbe. En effet, l’ivraie se confond avec le blé en herbe, au printemps. Lorsque la moisson est proche, on peut différencier les épis des deux plantes ; mais si l’on cherche à arracher l’ivraie, on déracine aussi le blé… D’où le proverbe : « à vouloir l’ivraie, on saccage le blé ». Au XIème siècle, le moine Raoul Glaber parle de « la triste ivraie », en Bourgogne, comme d’un véritable fléau.

Au moment de la récolte, il peut y avoir à nouveau une confusion entre les grains de blé et l’ivraie. Le souci principal : le grain d’ivraie est rendu toxique par un champignon contenant de la témuline (ou norloline), un alcaloïde aux propriétés narcotiques et enivrantes. D’où le surnom d’« herbe d’ivrogne » ou encore « zizanie ».

De l’ivraie à l’ivresse… 

Des empoisonnements se produisaient chez l’homme quand la farine de blé était contaminée par des grains d’ivraie. Le bétail aussi pouvait être empoisonné en mangeant cette plante lors de la pâture. Cependant, au Moyen Age, on trouvait quelques avantages à l’ivraie, puisque l’on s’en servait pour aromatiser la bière. On pouvait également nourrir un cheval récalcitrant avec de l’ivraie pour le rendre plus docile, avant de le vendre. L’Église condamnait cette plante diabolique à bien des égards. Et elle devait prévenir ses fidèles contre cette « mauvaise graine ».

Les sermons, en abordant le sujet de l’ivraie, touchaient à coup sûr le monde paysan. Rien de plus facile que de passer ainsi le message de Dieu. La parabole de Mathieu relate cet épisode et s’en sert pour prévenir les fidèles : il faut bien faire la différence entre Bien et Mal, et se garder des excès. La loi romaine en connaissait la toxicité et punissait la souillure volontaire d’un champ par l’ivraie comme un fait criminel. Grégoire de Nysse, l’un des Pères de l’Église en parle longuement dans ses Lettres à Macrine, au IVème siècle (voir le texte en annexe).

Tout au long du Moyen-Âge, on constate des ivresses accompagnées de troubles oculaires et digestifs, attribuées à la consommation des grains d’ivraie. L’étude scientifique botanique ne remonte qu’à la fin du siècle dernier. Aujourd’hui, l’ivraie enivrante a disparu de nos champs, suite aux traitements chimiques. Il reste cependant plusieurs espèces sauvages ou cultivées pour leur résistance, mais heureusement inoffensives.

L’ivraie au milieu des blés

Alors, reprenons l’Évangile :

En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : “Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?” Il leur dit : “C’est un ennemi qui a fait cela.” Les serviteurs lui disent : “Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?” Il répond : “Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.” » 

En écoutant cette parabole, plusieurs questions que l’on pourrait se poser, à l’instar des apôtres, trouvent leurs réponses dans l’explication que leur fait Jésus. On comprend ainsi qui est le semeur (le Christ), l’ennemi (le Diable), le champ (le monde), le bon grain (les fils de Lumière), l’ivraie (les mauvais fils). Quant aux anges, ils représentent les fins dernières durant lesquelles seront séparées les brebis des boucs, les bons des mauvais. Parabole des fins dernières, en fait.

De fait, l’avertissement du Christ est clair : convertissez-vous tant qu’il est encore temps, sinon, lorsque les anges du Jugement dernier arriveront, vous risquez d’être jetés dans la fournaise de l’Enfer. C’est clair ! Mais il reste un point difficile, presque une pierre d’achoppement… Pourquoi, alors qu’on distingue l’ivraie dans le champ, ne devrions-nous pas la retirer tant qu’il est encore temps, avant qu’elle ne contamine l’ensemble de la production ? C’est bien la question des serviteurs : “Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?” Notez, malgré tout, que Jésus ne nous précise pas qui sont les serviteurs. Très souvent, dans l’Évangile, les serviteurs, comme le mot grec l’indique, sont les membres du clergé : diakonoi. Les diacres et prêtres.

Alors, j’aurais tendance, aujourd’hui, à ne pas vous poser la question, mais à ME poser la question : dois-je séparer le bon grain de l’ivraie ? Dois-je prendre position pour condamner, jeter dès aujourd’hui à la fournaise, séparer de la communauté celui qui pourrait entraîner sa chute ? Ne nous le cachons pas : c’est tentant !

La tentation…

Ce serait tellement plus simple. Au moins, on y verrait clair. Et nos communautés ne seraient que des assemblées de gens purs ! En fait des communautés de cathares, puisque c’est le sens de ce mot. Cette tentation du tri nous guette tous. Elle est bien humaine. Nous avons parfois du mal à naviguer entre deux eaux, à nous accommoder de diverses situations qui semblent incompatibles, ou risquées. Parfois, on se dit même qu’à force de rajouter de l’eau dans son vin, ce dernier risque de ne plus avoir tellement de goût. Ou alors, qu’à force de vouloir ménager la chèvre et le chou, on les éloigne et la chèvre meurt de faim pendant que le chou sèche bêtement ! Nous voudrions éviter que le vers ne rentre dans la pomme et ne pourrisse tout le fruit. C’est bien normal, voire juste, ou du moins justifiable.

Mais Jésus ne semble pas avoir le même logiciel que nous, ni le même système de classement. Bien sûr, on pourrait argumenter notre position en utilisant sa propre parole (Mt 18, 15-18) :

Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends-en plus avec toi une ou deux personnes sages afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.

De fait, je dois laisser une chance à celui qui risque de faire éclater la communauté. Mais, si au bout de la « procédure », il ne se convertit pas, il faut l’exclure, comme un païen ou un publicain. N’est-ce pas un bon argument pour séparer le bon grain de l’ivraie ? L’appliquer ainsi serait faire un sacré raccourci…

Y regarder de plus près…

En effet, il serait bon d’y regarder de plus près et de ne pas tordre l’Écriture pour en obtenir ce que je désire. Cette déviation est constante en nous ! Mais à bien lire, ce n’est pas une affaire entre nous et celui que nous voyons comme l’ivraie. C’est une affaire à régler entre lui, moi, pour les sages et enfin toute la communauté ! C’est—à-dire que mon avis ne suffit pas. Il est important et opportun qu’il soit corroboré par celui des sages, des anciens, mais aussi de toute la communauté. Jésus ne veut pas que sa Parole serve à régler des affaires de personnes. Et ce n’est pas non plus une question de majorité. Le Pape Benoît XVI rappelait que la vérité n’appartient pas automatiquement à la majorité qui le croit ! Ni une question de personnes, ni une question de majorité. Une question de sagesse ! Car c’est l’Église, inspirée par l’Esprit, qui entend. C’est elle, transfigurée par la présence de son Seigneur, qui sait ce qu’elle doit faire.

Et il est une seconde chose à ne pas oublier, ce que le Christ répond aux serviteurs : « Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson. » Les laisser pousser ensemble ? Au risque qu’il contamine tout le champ ? Même si l’on a bien cerné et distingué où était l’ivraie ? Mais pourquoi donc ?

Une double raison

La première me semble essentielle : distinguer le pécheur de son péché. Oh, je dois condamner le péché, oser faire des reproches à celui qui fait erreur, oser aussi accepter que l’on m’en fasse (ce qui est moins évident, nous le savons bien !). Mais dois-je pour autant condamner la personne ? Ne dois-je pas apprendre d’abord à comprendre pourquoi il en est arrivé là ? Il ne s’agit pas de chercher continuellement des circonstances atténuantes, même si c’est très à la mode, mais prendre aussi en compte toute la personne avec ce qu’elle est, son histoire, ses faiblesses, ses difficultés. S’il est devenu ivraie, il y a peut-être des raisons. Peut-être même que j’en suis un peu responsable… Si nous nous plaignons parfois du manque d’éducation de nos enfants, avant de les condamner, ne serait-il pas juste de se demander qui les a éduqués ? Les choses ne sont jamais totalement blanches ou noires. La vie est un difficile camaïeu. Le tout est d’oser le reconnaître, et de faire l’effort de chercher plutôt que de tout vouloir couper trop vite. L’ivraie est sûrement dans le faux, mais appliquer la faux sur l’ivraie n’est pas toujours la solution ! 

Il est une deuxième raison : la foi en l’homme ! Lors Baden-Powell, fondateur du scoutisme disait :

Dans chaque garçon, il y a au moins 5% de bon. À vous de le découvrir et de l'épanouir jusqu'à 90 ou 95%.  

Oui, même le pire de mes scouts, celui qui m’a le plus usé dans l’année, peut devenir un élément moteur pendant le camp d’été ! Oui, même le pire des criminels peut devenir un saint, même au moment ultime. Et je pense au bouleversant livre de Jacques Fesch : Dans cinq heures, je verrai Jésus. Qui suis-je pour condamner ? Qui suis-je comme chrétien, si je ne crois pas à la conversion de mon frère ? Qui suis-je comme frère de Jésus si je désespère de l’homme alors que Lui n’a jamais désespéré devant l’humanité pécheresse ?

Auxiliaire de conversion

Mais il ne s’agit pas pour autant d’en rester là. Ce serait une sorte de quiétisme, d’attente : « Laissons-lui le temps de se convertir et on verra bien qu’en faire… » Un peu comme si des parents devant un enfant récalcitrant, c’est si rare, le laisser faire ce qu’il veut pour voir ce que ça allait donner ! Ou alors, de se réfugier uniquement dans la prière, croyant qu’elle va tout résoudre ! Prier sans rien faire est un abandon. Faire sans prier est un orgueil. Le Père Sevin disait :

Toute activité quelconque se prépare d’abord dans la prière !

Jésus fait de nous des auxiliaires de conversion. Il nous demande de l’aider, d’exercer notre libre-arbitre, de mettre en œuvre notre pédagogie, pour aider l’autre à se convertir. Et pour le dire simplement, une nouvelle fois il faut bien distinguer les choses : nous avons, tel un médecin, une obligation de moyens et nos de résultats. En résumé : malheur à moi si je ne fais rien, et si je n’ai pas tout mis en œuvre pour cela. Mais non pas : malheur à moi si ça ne réussit pas ! Saint Paul l’avait déjà dit (1 Cor 9, 16) :

En effet, annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile !

Alors, cessons de condamner ceux qui ne vivent pas comme nous, qui ne sont pas comme nous, qui ne pensent pas comme nous. Osons leur dire notre désaccord, notre désapprobation, voire notre désengagement de leurs positions. Mais ne soyons pas dégoûtés, ne soyons pas les juges que nous n’avons pas à être. Ne soyons pas les anges exterminateurs ! Croyons toujours en l’autre. En sa conversion possible. Et s’il ne peut y arriver, accompagnons-le, soutenons-le, faisons tout pour lui éviter de s’arrêter. Acceptons qu’il ne monte pas les marches aussi vite que nous. Donnons-lui du temps, mais aussi l’énergie et la foi qui lui manquent peut-être. Redonnons-lui confiance. Remettons l’engrais de la joie et de l’amour qui peuvent transformer l’ivraie en bon grain. Mais surtout, surtout, si nous avons du mal à l’aimer comme il est, rappelons-nous avec extrême force que Dieu l’aime tel qu’il est, car c’est ainsi qu’Il l’a créé ! Et tout cela, je le dis d’abord pour moi, comme prêtre, comme serviteur !

Et si par malheur, ça ne marchait pas, si nous ne voyions aucun progrès, ne nous en faisons pas reproche si nous avons tout mis en œuvre. Ne confondons pas les moyens et les résultats. le vrai médecin, celui qui peut tout, c’est Dieu. Le Deuxième livre des Chroniques (20, 15) nous le rappelle avec vigueur :

Yahaziel s’écria : « Soyez attentifs, vous tous de Juda et habitants de Jérusalem, et toi, roi Josaphat ! Ainsi vous parle le Seigneur : Ne craignez pas, ne vous effrayez pas devant cette foule immense ; car ce combat n’est pas le vôtre, mais celui de Dieu.

Laissons Dieu mener le combat intérieur de chaque homme, mais soyons ses auxiliaires et mettons tout en œuvre, humainement et spirituellement, pour aider chaque champ d’ivraie à devenir un champ de blé. Nous ne sommes ni le semeur, ni les moissonneurs, encore moins l’ennemi, mais ceux qui entretiennent sagement et modestement le champ de l’Église. Ceux qui le cultivent, dans tous les sens du terme… Amen !

En complément

Homélie de Grégoire de Nysse, L’âme et la résurrection, Dialogue avec sa sœur Macrine, IVème siècle.

« Le chef du domaine a semé le bon grain – le domaine, c’est nous, bien sûr. L’ennemi, guettant les hommes endormis, a semé sur la graine nutritive celle qui n’est bonne à rien : au beau milieu du blé, il a jeté l’ivraie. Et les graines ont germé, toutes ensemble mêlées. Impossible en effet que le grain jeté dans le blé ne pousse avec lui. Le surveillant des cultures empêche les ouvriers d’arracher la mauvaise herbe car les plantes ennemies ont pris racine ensemble, de peur d’arracher avec l’élément étranger, la plante nourricière (cf. Mt 13,24-30.36-43). Or nous pensons que le texte désigne comme bon grain, ces impulsions de l’âme dont chacune, cultivée uniquement en vue du bien, s’épanouirait à coup sûr en fruit de vertu. Mais l’égarement dans le discernement du bien y a été semé, et ce qui est vraiment et uniquement bon en sa nature propre s’est retrouvé à l’ombre du germe trompeur qui s’y est greffé. Car le désir n’a pas poussé et grandi vers le bien naturel pour lequel il fut semé en nous, mais a détourné son surgeon vers le bestial et le stupide. Voilà à quoi la confusion concernant le bien a porté l’élan du désir. Et de même, la graine de colère n’a pas débouché sur le courage, mais a fourni des armes pour combattre le prochain. Quant à la puissance d’aimer, elle s’est détachée des biens intelligibles dans une débauche effrénée de jouissance sensible, et ainsi du reste qui mit en fleurs les pires rejetons au lieu des meilleurs.

« Voilà pourquoi le sage agriculteur laisse là le surgeon né dans le grain, attentif à ne pas nous dépouiller du meilleur en déracinant totalement le désir en même temps que la mauvaise herbe. Car si la nature humaine devait subir ce traitement, qu’est-ce qui nous élèverait à l’union des biens célestes ? Ou si l’amour nous est arraché, comment nous unir à Dieu ? Et si s’éteint la colère, quelle arme aurons-nous contre l’adversaire ? L’agriculteur laisse donc en nous les germes bâtards, non pour qu’ils dominent à jamais la graine plus précieuse, mais pour que la terre elle-même (ainsi nomme-t-il allégoriquement le cœur), par la puissance naturelle qui s’y trouve, à savoir le raisonnement, dessèche certains germes et fasse fructifier et fleurir les autres. Faute de quoi, il laisse au feu le soin de juger la terre.

« Si donc on use raisonnablement de ces réalités, les contenant en soi sans passer soi-même en elles, tel un roi sollicitant la nombreuse main-d’œuvre de ses sujets, on réussira plus facilement dans son effort vertueux. Si au contraire on leur obéit comme à des esclaves rebelles à leur maître, si l’on s’est laissé asservir par folle soumission aux suggestions serviles, et qu’on devienne le jouet de ce qui par nature est sous le joug, nécessairement on sera déporté dans la direction où nous contraint la domination des leaders. S’il en est ainsi, nous démontrons que par eux-mêmes, tous ces mouvements de l’âme, soumis à l’autorité de leurs utilisateurs, ne sont ni vice ni vertu mais se présentent soit comme bons, soit alors autrement : que si un mouvement d’excellence les anime, ils deviennent matière à louange, comme le désir chez Daniel, la colère chez Phinéès et le chagrin de qui pleure à raison ; si au contraire l’inclination penche vers le pire, elles deviennent passions et portent bien leur nom. »

L’ivraie dans la Bible

  • 1 Samuel 8,3

o   Les fils de Samuel ne marchèrent point sur ses traces ; ils se livraient à la cupidité, recevaient des présents, et violaient la justice.

  • Job 31,40

o   Qu’il y croisse des épines au lieu de froment, Et de l’ivraie au lieu d’orge ! Fin des paroles de Job.

  • Matthieu 13,25

o   Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l’ivraie parmi le blé, et s’en alla.

  • Matthieu 13,26

o   Lorsque l’herbe eut poussé et donné du fruit, l’ivraie parut aussi.

  • Matthieu 13,27

o   Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n’as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?

  • Matthieu 13,29

o   Non, dit-il, de peur qu’en arrachant l’ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé.

  • Matthieu 13,30

o   Laissez croître ensemble l’un et l’autre jusqu’à la moisson, et, à l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d’abord l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier.

  • Matthieu 13,36

o   Alors il renvoya la foule, et entra dans la maison. Ses disciples s’approchèrent de lui, et dirent : Explique-nous la parabole de l’ivraie du champ.

  • Matthieu 13,38

o   Le champ, c’est le monde ; la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du malin.

  • Matthieu 13,40

o   Or, comme on arrache l’ivraie et qu’on la jette au feu, il en sera de même à la fin du monde.

 


 

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Prochains événements

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Date : 24 septembre 2017, 10:00
Catéchèse scolaire (CE2/CM1/CM2) de 10h00 à 10h45 avec l'abbé Olivier

24
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Date : 24 septembre 2017, 10:00

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28
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Rectorat
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DURANT LES VACANCES SCOLAIRES : MERCI DE VÉRIFIER SUR L'AGENDA DE LA SEMAINE