La Loi, les Prophète et la Sagesse

Père Olivier PLICHON, Recteur de Saint-Louis des Français de Lisbonne

 

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La Transfiguration du Christ.

Chartres (Eure et Loir), cathédrale Notre-Dame.

Panneau inférieur gauche du vitrail de la Passion,

Façade occidentale, côté sud (Baie 51). 1145 – 1155.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17, 1-9

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! » Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte. Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

Le vitrail

Une des trois fenêtres de la façade occidentale de cette cathédrale du XIIe siècle représente la Passion, la mort et la Résurrection de Jésus.
Sur un des registres, l’artiste a inauguré le cycle de la Passion du Christ par cette scène de la Transfiguration. À l’intérieur des barlotières orthogonales, le vitrail est de forme circulaire. Le célèbre bleu de Chartres s’est estompé, laissant plus de place aux teintes chaudes et aux ors. Le vitrail s’inspire des quatre évangiles qui ont tous fait un récit de la Passion du Christ.

Ce que l’on voit

On peut être d’abord frappé par la structure géométrique de l’œuvre : deux grands cercles concentriques encadrent la scène. En son sein, huit grands rayons blancs viennent la partager en autant de secteurs. Le Christ se trouve dans une mandorle (un cercle vu de trois-quarts). La partie haute de l’image est aussi marquée par les trois personnages, comme trois colonnes. Tandis que la partie basse nous montre les trois disciples, Pierre, Jacques et Jean regroupés dans une structure horizontale représentant le pied de la montagne.

Une géométrie sacrée

Ces éléments géométriques sont assez caractéristiques de la structure des icônes byzantines. Et comment en être surpris en cette époque (le XII° siècle) où les Croisades déferlent en Orient ; l’art occidental en sera profondément influencé. Et toutes les icones de la Transfiguration s’appuient sur une triple forme : le rond, signe de la divinité, le carré, signe du monde, et le triangle, signe de la montagne qui relie les hommes à Dieu (la religion). Ces trois formes sont ici présentes. Les disciples, encore bien humains, sont dans une partie rectangulaire (le carré du monde), Jésus est dans une mandorle (le rond de la divinité) et les trois personnages qui apparaissent forment un grand triangle, signe de la montagne où Jésus apparaît avec Élie et Moïse (la religion). Du monde (le carré), pour rejoindre Dieu (le rond) je dois passer par la religion (le triangle).

Des personnages et des couleurs

Les personnages représentés sont ceux décrits dans les Évangiles : au centre Jésus dans sa mandorle. À sa gauche, Moïse. À sa droite, Élie (dont on distingue un pan de son manteau en poils de chameau). Ils semblent tous les deux flotter sur un nuage doré. À leurs pieds, Pierre à gauche, Jean (imberbe) au centre et Jacques à droite. Un certain nombre de couleurs nous permettent de les reconnaître, l’artiste suivant les canons de représentation de l’époque. Jésus est debout dans une mandorle colorée comme un arc-en-ciel, signe de l’Alliance, dont l’intérieur s’enflamme de rouge, tel un le feu ardent de l’amour qu’il aura pour les hommes jusqu’à verser son sang. La couleur préfigure-t-elle ce sacrifice total de Jésus ? Il est revêtu d’une tunique verte (l’espérance de la Résurrection – Couleur que l’on retrouve dans les tuniques de Moïse et d’Élie) et couvert d’un manteau bleu (signe de son humanité). Huit rayons blancs paraissent sortir de son corps et se répandre sur le monde entier. Sa main droite bénit dans un geste classique (trois doigts repliés signifiant la Trinité, deux doigts dressés indiquant sa double nature humaine et divine) tandis que la gauche tient un rouleau : la nouvelle Loi.

Moïse et Élie

Que viennent-ils donc faire là ? Leur présence n’est pas anodine et nous enseigne plus qu’on ne pourrait le croire de prime abord. Moïse est la figure emblématique des cinq premiers livres de la Bible : la Torah. C’est lui qui a donné la Loi au peuple de la part de Dieu. Quant à Élie, il est le prophète par excellence, celui qui fut enlevé au ciel dans son char de feu. Chaque juif attend son retour qui inaugurera la fin des temps. Jean-Baptiste, habillé comme lui, se fera interroger pour savoir s’il est le nouvel Élie. Et Jésus reproduira presque à l’identique les gestes du prophète (pensons à la Résurrection du fils de Naïm). La Loi (Moïse) et les Prophètes (Élie) entourent le Christ. Comme une Bible juive… qui comporte trois grandes parties : la Loi, les Prophètes et les autres Écrits, que l’on appelle très souvent les Écrits de Sagesse. Toute la Bible est devant nos yeux lors de la Transfiguration ! Et Jésus en est la Sagesse par excellence. Les liturgistes de Charlemagne, voulant unifier ce qui deviendra l’Europe, par un culte commun, reprendront cette image. Ainsi, lorsque le prêtre lira l’Évangile, lui qui est le Christ agissant, la Sagesse incarnée, il sera entouré de Moïse et d’Élie, sous la forme de deux luminaires portés par les servants d’autel. À la lecture de l’Évangile, c’est toute l’Écriture, Premier et Nouveau Testament, Loi, Prophètes et Sagesse que nous contemplons. L’Écriture dans son ensemble nous transfigure ! Oui, comme le dit le Père : Écoutez-le !

Dressons trois tentes

L’allusion à la fête des Tentes (soukkhot), rappelant le temps passé au désert dans des cabanes lors de l’Exode, est claire. Mais elle prend encore plus de sens avec l’Évangile de jean. Dans le prologue, Jean nous dit bien que le Verbe est venu dresser sa tente par nous. Oui, il vient planter sa tente au milieu des hommes. Jésus n’est-il pas le premier scout !? Et cette tente continue d’être là au milieu de nous. Elle fut celle qui protégeait l’arche d’alliance lors de la traversée du désert, celle qui était couverte de la nuée, signe de l’Esprit de Dieu ; elle est celle qui trône au milieu de nos églises : le mot tente se traduit en latin : tabernacle. Comment ne pas penser à cette tente que le Père Sevin, jésuite fondateur du scoutisme catholique, dressait dans les chapelles de la Compagnie de la Sainte-Croix de Jérusalem qu’il avait fondé ! Jésus vient dresser sa tente parmi nous…

Une nuée

À un tel point que comme pour la tente de la Rencontre, une nuée vient aussi les couvrir. Cette nuée, la shekinah biblique, mélange de lumière et de ténèbres, cette nuée, présence de Dieu qui repousse l’ennemi et protège les dix Paroles. Cette nuée qui sur notre vitrail rayonne de tous côtés, en huit rayons blancs. Huit, comme le signe de la Résurrection annoncée, celle du huitième jour, celle de nos baptistères octogonaux, où chacun d’entre nous fut plongé.

Écoutez-le

Cet ordre du Père est bien la clé du texte. Un été pour écouter Jésus. Un été pour entendre la Loi, les Prophètes et la Sagesse. Un été pour planter notre tente auprès de Jésus. Un été pour nous laisser couvrir de la nuée. Un été pour être transfiguré par sa Parole, par LA Parole. Un été pour taire les paroles afin qu’elles n’étouffent pas LA Parole. Un été pour le regarder, le contempler, vivre dans l’espérance de la Résurrection. Un été pour nous plonger dans sa Parole, dans la Bible, le libre le plus vendu et le plus mal lu au monde ! Un été pour chercher Jésus et l’écouter dans TOUTE l’Écriture. Saint Jérôme le disait : Ignorer l’Écriture, c’est ignorer le Christ !

 


 

Informations pratiques

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