« Vers un jardin d’amour »

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1,26-38.

En ce temps-là, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L'ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée- de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L'ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. » Marie dit à l'ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu'Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait : 'la femme stérile'. Car rien n'est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l'ange la quitta.

Une œuvre d’art :

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L’ANNONCIATION

Maurice DENIS (1870 – 1943)

Huile sur toile, 98 x 124 cm, signée et datée (1913) en bas à gauche

Tourcoing, Musée des Beaux-Arts

Commentaire :

Maurice DENIS est un peintre de la première moitié du XX° siècle que notre époque redécouvre. À la fin du siècle précédent apparaissait un nouveau mouvement pictural appelé « nabi » (qui veut dire prophète) en opposition à l’académisme. Maurice DENIS fut le théoricien de ce nouveau mouvement, souvent marqué par des influences ésotériques, pour lesquels il restera imperméable, trop fidèle à sa foi catholique. C’est à Saint-Germain-en-Laye, où il habite le « Prieuré », ancien hôpital de la paroisse, qu’il peindra cette Annonciation, acquise rapidement par l’État.

Un premier regard...

Une chambre simplement meublée, dont la porte aux fenêtres couvertes d’un rideau, donne directement sur le jardin, et éclairée par une petite fenêtre, accueille la scène biblique. Marie, debout et mains jointes, est baignée par la lumière de la fenêtre qui vient éclairer le bas de sa longue robe blanche. Elle semble en prière, le regard tourné vers le ciel, donnant l’impression de ne pas s’être rendue compte de ce qui se passe à ses pieds. Devant elle, un ange vient d’entrer dans la pièce. Il est à genoux devant elle, les yeux fermés et le visage tourné respectueusement vers le sol. Ses deux grandes ailes ont la même teinte brillante et légèrement dorée que la dalmatique de diacre qu’il porte. Il présente à la Vierge ses deux mains tendues, comme une offrande, comme la prière d’un orant. Derrière lui, un jardin se dessine avec ses massifs de rhododendrons blancs bordés par un petit grillage. Dans le fond, on distingue un grand bâtiment. Serions-nous dans un jardin public ? La porte est entourée du même lierre que l’on retrouve sur la petite ouverture au dessus du lit. Dans la pièce, un modeste lit accompagne un coffre-banc de bois sur lequel est posé un livre ouvert. Sur le rebord de la fenêtre, dans un vase blanc et bleu, un lys se dresse, trois fleurs écloses alors que la quatrième est encore en bouton. Tout semble en paix, comme lors d’une fin d’après-midi d’été...

Une iconographie nouvelle...

La scène peut surprendre ! Nous sommes plutôt habitués à une représentation plus classique de la rencontre de Marie et de l’Ange. Celle-ci semble bien peu conventionnelle. Et pourtant, tout y est ! À un tel point qu’il ne nous est guère difficile de la lire et d’y reconnaître la scène biblique. Ce qui trouble, c’est cette « modernisation » de la représentation, comme si l’ange avait fait son annonce en 1913. Même la dalmatique de l’ange est contemporaine. On imagine retrouver ce genre de vêtement liturgique dans les tiroirs poussiéreux de nos sacristies. De même, il est curieux de voir le regard baissé de l’ange devant Marie, elle qui semble étrangère à ce qui lui arrive. En fait, si la porte étaient fermées et ne nous ouvrait pas la vue sur ce jardin, nous serions moins gênés. C’est cette ouverture de lumière qui obscurcit notre regard. Nous chercherions presque à situer dans la scène dans quelque jardin renommé de Paris. Maurice DENIS fait ici une œuvre remarquable : nous donner simplement la scène tout en créant en nous un vrai questionnement.

Si proche de l’Évangile...

Relisez l’Évangile en regardant ce tableau. Il en est une belle et étroite représentation. Rien n’est ajouté, rien n’est retranché. Sauf peut-être le signe de l’Esprit que nous attendrions : la colombe. En fait, à la différence des représentations que nous connaissons, nous ne nous trouvons pas devant une « photographie » de l’Évangile, mais une discrète et profonde interprétation. L’ange entre-t-il ou le dialogue entre les deux protagonistes est-il terminé ? Qu’importe ! Ce que nous dévoile Maurice DENIS, c’est une vision spirituelle, une expérience de la prière, une rencontre du cœur. Et là, plutôt que de nous illustrer un fait, il paraît plus proche de l’esprit de l’Évangile. Marie a fait l’expérience de Dieu. Et elle nous l’annonce...

L’expérience de Dieu...

Pour vivre cette expérience, à quelques jours de la venue du Sauveur, il serait bon de nous inspirer de cette toile. Retire-toi là où ton Père te voit dans le secret, recommandait Jésus : « Mais quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le lieu secret; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » Matthieu 6, 6. Comme Marie qui devait prier en lisant la prophétie d’Isaïe (Isaïe 7, 14 : Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel), nous devrions aussi ouvrir ce livre déposé sur le coffre. Pas d’expérience de Dieu, pas d’annonciation et de révélation de ce que Dieu attend de nous sans recevoir sa Parole. De qui viendra le message ? Peut-être de l’ange, je vous le souhaite ! Plus sûrement de l’Église, du diacre, annonciateur de la Bonne Nouvelle, dont l’ange porte la dalmatique. Pas d’expérience de Dieu qui ne sa fasse en communauté de croyants.

Des ouvertures...

Dans chaque cellule du Couvent Saint-Marc de Florence, Fra Angelico a peint une scène biblique sous la forme d’une fenêtre. Trois ouvertures symbolisaient l’attention du moine : une sur sa communauté (la porte qui donnait sur le cloître), une sur le monde (la fenêtre qui donne sur les toits de la ville), une sur Dieu (la fenêtre peinte par Fra Angelico). Peut-être pourrions-nous retrouver ici ces ouvertures ? À moins qu’elles ne s’imbriquent l’une l’autre ?

  • La fenêtre de gauche est celle de la pureté (symbolisée par le lys) : pureté de Marie, encore sur le bord, prête à tomber en l’amour de Dieu ; celle de Dieu, pureté de sa lumière qui vient baigner ceux qui le prient, qui donne la paix « aux hommes de bonne volonté ». Faire l’expérience de Dieu, c’est sûrement être prêt à tomber en Dieu, même si toutes nos puretés, toutes nos vertus sont loin d’être écloses ! C’est d’elle que vient la lumière, celle qui baigne Marie et qui, en même temps, la couvre de son ombre.
  • La porte est cette merveilleuse ouverture qui combine tant de sens. Elle ouvre sur le monde, sur ce monde d’aujourd’hui, qui est bien plus beau qu’on ne pourrait le croire. Elle ouvre sur le jardin de nos vies, mais aussi sur le jardin de Dieu, le Paradis, pour lequel l’Ange annonce qu’il sera bientôt ouvert. Marie est l’hortus conclusus, le jardin clos de la virginité, mais aussi celle qui nous permettra de retrouver par son Fils le chemin du jardin fermé.
  • Et il y a enfin cette petite ouverture au-dessus du lit. Elle sert souvent à aérer la pièce, non à donner de la lumière. Quelle ouverture ai-je à faire en moi pour m’aérer ? Pour me laisser baigner du souffle de la vie ?

Regardez de près... Il est très difficile de saisir d’où vient la lumière dans le tableau. Les ombres semblent contredire les sources de lumière. Est-ce pour nous dire que la lumière de Dieu baigne toute notre vie ?

Annonce pour aujourd’hui ?

Pas d’auréole pour Marie, ni pour l’ange. Seule une lumière qui rayonne d’eux. Une jeune fille si simple, si contemporaine. Une personne comme chacun d’entre nous. Pour nous aussi, Dieu a un message personnel à délivrer. Oui, laisse-toi baigner par sa lumière ! Oui, ouvre ta porte sur le monde et sur Dieu ! Oui, aère ton esprit ! Oui, ouvre ta Bible et écoute-moi ! Oui, laisse-toi patiemment fleurir et tombe en moi ! Oui, je viens, comme l’ange, t’imposer les mains et te donner mon Esprit consolateur ! Oui, le jardin t’est ouvert ! Oui, je viens t’annoncer un Sauveur, Sauveur de tes péchés, Sauveur de la mort éternelle, Sauveur de tes petites souffrances quotidiennes pour que tu oses sortir ensuite dans la jardin luxuriant de l’amour, « une terre lointaine bien plus belle encore que les îles de corail, où je possèderai toute la lumière, toute la beauté, tout l’amour dont j’avais tellement, tellement soif ». (Dernière lettre de Guy de LARIGAUDIE, 1940).

La fenêtre de gauche est celle de la pureté (symbolisée par le lys) : pureté de Marie, encore sur le bord, prête à tomber en l’amour de Dieu ; celle de Dieu, pureté de sa lumière qui vient baigner ceux qui le prient, qui donne la paix « aux hommes de bonne volonté ». Faire l’expérience de Dieu, c’est sûrement être prêt à tomber en Dieu, même si toutes nos puretés, toutes nos vertus sont loin d’être écloses ! C’est d’elle que vient la lumière, celle qui baigne Marie et qui, en même temps, la couvre de son ombre.

La porte est cette merveilleuse ouverture qui combine tant de sens. Elle ouvre sur le monde, sur ce monde d’aujourd’hui, qui est bien plus beau qu’on ne pourrait le croire. Elle ouvre sur le jardin de nos vies, mais aussi sur le jardin de Dieu, le Paradis, pour lequel l’Ange annonce qu’il sera bientôt ouvert. Marie est l’hortus conclusus, le jardin clos de la virginité, mais aussi celle qui nous permettra de retrouver par son Fils le chemin du jardin fermé.

Et il y a enfin cette petite ouverture au-dessus du lit. Elle sert souvent à aérer la pièce, non à donner de la lumière. Quelle ouverture ai-je à faire en moi pour m’aérer ? Pour me laisser baigner du souffle de la vie ?

 


 

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