Tais-toi !

Père Olivier PLICHON, Recteur de Saint-Louis des Français de Lisbonne

Une œuvre d’art

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Guérison d’un possédé (Exorcisme)

Frères de Limbourg, Barthélémy d’Eyck et Jean Colombe

Les Très Riches Heures du Duc de Berry

Folio 166r - 29 x 21 cm

Manuscrit relié, peinture sur vélin - Vers 1440

Bibliothèque du Musée Condé (Chantilly, France)

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 1, 21-28 

Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. » Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée. 

Le manuscrit

Les Très Riches Heures du Duc de Berry créées par les frères Limbourg sont d'un commun accord l'un des chefs-d'œuvre suprêmes de l'enluminure manuscrite et l'archétype du style gothique international. Son trait le plus original et le plus beau est la série de douze illustrations en pleine page des mois - la première fois qu'un calendrier a été si richement traité - emplies d'ornementations exquises et de détails naturalistes admirablement observés. Les miniatures sont également remarquables par leur maîtrise de l'espace, suggérant fortement qu'un ou plusieurs des frères ont visité l'Italie et occupent une place importante dans le développement des traditions nordiques du paysage et de la peinture de genre.

Les artistes

Les Limbourg (également orthographié Limburg), sont trois frères néerlandais considérés comme les plus célèbres de tous les enlumineurs gothiques tardifs. Ils ont synthétisé les réalisations des enlumineurs contemporains dans un style caractérisé par la subtilité de la ligne, la technique minutieuse et le rendu minutieux des détails. Fils d'un sculpteur, Arnold van Limbourg, ils étaient aussi les neveux de Jean Malouel, peintre de cour du duc de Bourgogne, et sont parfois connus sous le nom de «Malouel». Les frères ont travaillé ensemble, et bien que le plus célèbre semble être l’aîné, Pol, il est difficile de distinguer leurs styles individuels.

Vers 1400, les frères furent apprentis d’un orfèvre à Paris, et entre 1402 et 1404. Pol et Jehanequin travaillaient aussi pour le Duc de Bourgogne à Paris, peut-être sur l'illustration d'une Bible moralisée maintenant à la Bibliothèque Nationale, à Paris. Quelque temps après la mort du Duc de Bourgogne en 1404, ils entrèrent au service de son frère, le Duc de Berry, et ce fut pour lui que leurs livres d'heures les plus richement illustrés (la forme populaire de prières privées de l'époque) furent produits. Les Belles Heures (ou Les Heures d'Ailly, maintenant au musée The Cloisters, New York) montrent l'influence des enlumineurs italiens et de l'artiste français contemporain Jacquemart de Hesdin.

Les Très Riches Heures du duc de Berry (Musée Condé, Chantilly), considéré comme leur plus grand travail, est l'un des monuments de l'art de l'enluminure et figure parmi les exemples suprêmes du style gothique international. C'est essentiellement un style de cour, élégant et sophistiqué, combinant le naturalisme du détail avec l'effet décoratif global. Une prise de conscience des courants internationaux les plus progressistes de l'époque, en particulier ceux provenant de l'Italie, suggère qu'au moins un des frères s'y est rendu. Les Très Riches Heures est resté inachevé en 1416 mais fut achevé vers 1485 par Jean Colombe.

Les frères Limbourg ont été parmi les premiers à rendre des scènes de paysage avec précision. Leur style a certainement déterminé le cours qu’allait prendre l’art des Primitifs Hollandais lors du XV° siècle.

Ce que je vois

Un texte latin, ouvert par une lettrine C ornée d’un visage royale, commente le texte du troisième dimanche.

La scène est assez resserrée autour d’un bâtiment du gothique primitif, en montrant l’entrée couverte d’un dais soutenu par six fines colonnes. Il s’git de la synagogue de l’évangile, même si aucun signe ne permet de la qualifier ainsi, hormis les deux statues de prophètes au pinacle. Le fond de la scène est couverte d’une sorte de tapisserie au bleu profond, parsemé de branches dorées.

Regardons les personnages de gauche à droite. Tout à gauche, un groupe d’hommes barbus, et coiffés de chapeaux de notables juifs observent avec circonspection la scène. Les mains jointes de l’homme au premier plan indiquent, non une supplication, mais plutôt une protestation. Il est habillé d’un riche manteau rose, bordé d’une frise dorée. Son chapeau corné semble montré sa haute position sociale au sein du clergé rabbinique.

Devant lui, le Christ, couvert d’un grand manteau bleu azur. On ne voit que sa main droite qui bénit l’homme possédé. Sa tête, légèrement penchée, est ceinte d’une auréole d’or rayonnante.

Sous l’encadrement de la porte, un homme habillé d’un manteau bleu vif tient de ses bras un jeune homme frisé, aux gestes désordonnés et simplement couvert d’une robe brune déchirée. Ses jambes décharnées ont une couleur grise, signe de sa pauvreté, mais surtout de sa maladie.

Au-dessus de lui, on distingue l’ombre d’un petit diable qui semble s’enfuir. À l’intérieur, un groupe d’hommes richement habillés expriment leur stupéfaction et leur questionnement de leurs mains. Même l’enfant à leurs pieds paraît dérouté de la scène, s’en détournant ostensiblement.

Commentaire

Auctoritas

Relisant le texte, plusieurs mots m’ont surpris. D’abord, cette précision sur l’autorité du Christ :

On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.

Il fait preuve d’autorité, à la différence des scribes. Mais qu’est-ce que l’autorité ? Le Dictionnaire historique de la langue française nous donne quelques explications :

Emprunt ancien au latin auctoritas, dérivé de auctor, désignant le fait d’être fondateur, instigateur, conseiller, garant. Parmi les sens de son mot, on relève « pouvoir d’imposer l’obéissance » et « crédit d’un écrivain, d’un texte ».

Qu’est-ce qui fait donc l’autorité du Christ ? Tout simplement qu’il est l’auteur de cette parole, tellement auteur qu’il est la Parole. Cette Parole qui le fonde et dont il est le fondateur. Le Verbe, la Parole, le Logos, s’est fait chair. Et cette Parole est effective : « Dieu dit et cela fut » lit-on dans la Genèse. Le Christ dit, et cela devient. Sa Parole est efficace. Et même, plus qu’efficace sa Parole est performative.

Une Parole performative

Il est intéressant de se reporter à la première lecture que nous avons entendue :

Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai.

Saint Paul, reprenant presque mot à mot le discours final de Moïse au moment de la sortie du désert dira dans l’Épître aux Romains (10, 8) :

Car ta parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur pour la mettre en pratique.

Car il s’agit de faire cette parole (c’est la meilleur traduction du « mettre en pratique ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Giorgio Agamben écrira dans son livre, Le temps qui reste : Un commentaire de l'Epître aux Romains (Paris, 2004) :

Si la parole divine, cette chose, se profère entre la bouche et le coeur, alors elle se fait (elle est mise en pratique, mise en oeuvre), et les promesses de Moïse deviennent réalité. C'est ce que Paul appelle la foi. Lorsqu'il cite ce passage, il omet le dernier membre de phrase. Il ne s'agit pas pour lui de mettre en pratique la loi, les commandements, mais simplement la foi : « Cette parole, c'est la parole de la foi que nous proclamons ». Et il ajoute (extrayant la citation de son contexte) : « Croire dans son coeur conduit à la justice et confesser de sa bouche conduit au salut » (Rom 10:10). On passe de la profération à la confession, du verbe à la profession de foi. La parole n'est pas dénotative, mais opératrice du salut (homologuein) - ce qui suffit à unifier la promesse et la réalisation.

En fait, la parole de la foi est un acte de langage (ou performatif) qui s'accomplit par sa simple prononciation ou profération, « dans la proximité de la bouche et du coeur ». C’est ce qui rend performative cette Parole de Jésus. Et nous sommes, comme le dit saint Paul, à vivre la Parole dans ce même esprit : proférer la Parole de Dieu dans la proximité de la bouche et du coeur comme un acte de langage de notre foi.

Et c’est en ça que le Christ parle avec autorité, en cet accord profond entre ce qu’il est et ce qu’il annonce, entre ce qu’il annonce et ce qu’il fait. Peut-être pourrions-nous entendre tous cette phrase prononcée par l’évêque lors de l’ordination diaconale :

« C’est pourquoi, en faisant de la Parole l’objet de ta réflexion continuelle, crois toujours ce que tu lis, enseigne ce que tu crois, vis ce que tu enseignes. De cette manière, en même temps que la doctrine, tu donneras un aliment au Peuple de Dieu, et avec le bon exemple de ta vie, tu lui seras un réconfort et un soutien, tu deviendras constructeur du temple de Dieu qu’est l’Église. »

Voilà notre autorité à tous, chrétiens. Celle du Christ, celle de sa Parole à méditer, lire, enseigner et vivre. Alors, elle sera autorité, elle sera écoutée, obéit et vécue.

L’esprit impur

Ce qui est aussi surprenant est que celui qui reconnaît cet autorité du Christ n’est pas le scribe, le rabbin, le spécialiste de la Parole, mais l’esprit impur. C’est cet esprit qui est capable de la nommer, lui le Saint de Dieu. Ne nous arrêtons pas sur l’aspect anecdotique de l’histoire, mais prenons plutôt de la hauteur, ou de la profondeur.

Cet esprit impur nous habite certainement tous un peu. Il ne nous empêche pas de connaître et reconnaître le Christ, la preuve en est. Il ne veut simplement pas être délogé. Il est vrai qu’il est plus simple de vivre avec un mal qu’on connaît que de choisir de changer pour un monde qu’on ne connaît pas… Ce qui fait que cet esprit est impur est qu’il refuse l’union et la communion avec le Saint de Dieu. Et en cela, il est diabolique.

Je vous rappelle le sens du mot « diable ». Il est le contraire du mot « symbole ». Le symbole unit, le diable divise. Le symbole de notre foi, par exemple nous unit. L’esprit impur, en nous, empêche cette union, et créé la division intérieure. Rappelez-vous ce que disait le psalmiste (Ps 85, 11) :

Montre-moi ton chemin, Seigneur, que je marche suivant ta vérité ; unifie mon coeur pour qu'il craigne ton nom.

De fait, seul le Christ peut venir nous infère, et non nous éclater comme des baudruches. Ce jeune homme possédé est tourmenté, il a des gestes désordonné, il entre en convulsion. Rien n’est unifié chez lui, tout est en désordre. Seul le Christ peut venir remettre de l’ordre dans ma vie. Seul Lui peut venir unifier mon coeur, mon âme, mon corps. Mais, dans mon tourment, j’ai bien du mal à lui demander. J’aurais plutôt tendance à lui demander de me laisser tranquille…

Les autres

Et c’est là où entre en scène une autre communion. Si je ne peux vivre en communion avec moi-même et avec Dieu, je vais avoir besoin de la communion des autres, envers et contre tout, voire contre moi-même… Comme pour l’image, c’est un homme qui le tient, qui l’amène au Christ. Peut-être son père ? Nous avons besoin de la communion des saints, de la prière des autres pour aider le Christ à faire partir de notre vie cet esprit impur. Une seule question… prions-nous suffisamment et véritablement les uns pour les autres ?

Alors…

Alors, Jésus intervient. Et avec force, avec autorité, presque avec violence. En effet, le terme grec que la Bible liturgique a décemment traduit par « tais-toi ! » devrait plutôt être « la ferme ! », voire « ta gueule ! » Si nous le voulons, Jésus n’y va pas par quatre chemins. Il est plutôt du genre direct. Le tout, une nouvelle fois, est de le vouloir. Et pas simplement de le vouloir, pas simplement de l’appeler à me guérir, à expulser de ma vie les esprits impurs, mais aussi d’y croire ! Là est la clé. Jésus le demandera à Marthe (Jn 11, 25-27) :

Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

Croyez-vous cela ? Crochez-vous qu’il puisse nous guérir ? Croyez-vous au miracle de la Parole de Dieu, au miracle de la Vie ?

 


 

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